Le père Dehon et l’idée de réparation (1843-1925)

INTRODUCTION

  1. Le XIXème[1] siècle en Europe et particulièrement en France est marqué par des mouvements instables et des changements profonds au sein de la société. Avec l’industrialisation, nous assistons à l’essor scientifique et technique de l’Europe. Des usines à textiles se développent, des moyens de transports se modernisent et des découvertes sont faites pour faciliter la mobilité des personnes et des biens ainsi que la production quantitative des biens. Sur le plan politique, on passe lentement de la monarchie à la République.
  2. Au plan social, trois classes cohabitent les nobles, les bourgeois et les prolétaires. Les nobles sont de riches propriétaires terriens, les bourgeois des chefs d’entreprises, des banquiers et des fonctionnaires et les prolétaires sont des ouvriers travaillant dans des conditions difficiles et avec un salaire de misère. Les habitations des riches côtoient la misère des pauvres, vivant dans des banlieues et périphériques malsains et insalubres[2].
  3. Bien qu’il existe un désintérêt pour la chose religieuse depuis la réforme protestante qui aboutit plus tard à la séparation de l’Etat et l’Eglise, l’Eglise se place du côté des pauvres, des faibles et des petits en dénonçant les injustices sociales et travaille à l’amélioration de leur condition de vie. À l’invitation du pape[3], l’exhortation est faite aux prêtres et aux chrétiens d’aller au peuple.
  4. C’est dans un tel contexte que le père Dehon verra le jour. Il se laissera façonner par l’histoire de son temps ; histoire qui en déterminera sa trajectoire existentielle. On se situe donc ici aux origines de l’idée réparatrice.
  5. Le présent travail a pour but de montrer que la réparation est la raison d’être même du Père Léon Jean Dehon. Son engagement pour l’œuvre réparatrice s’exprime à travers la disponibilité qu’il fait de lui-même pour la restauration du visage de Dieu défiguré en l’homme. C’est ce qui caractérise son oblation ; une disponibilité capable de sacrifice et du don total de soi.  « Ecce ancilla » et « ecce venio » traduisent cette caractéristique fondamentale de l’être déhonien. Le projet de Dieu s’accomplit par la médiation de l’homme en mission auprès de ses frères.

[1] L’idée de réparation est déjà présente dans le 19ème siècle avant de s’étendre au 20ème siècle au lendemain de la guerre, résultante des progrès scientifiques et techniques et de la montée de dominations des puissances. La réparation est une sorte de filtrante des différentes séries de mutation au plan politique, entre tentative de restauration de l’ancien régime et le désir de garder les acquis révolutionnaires tels que la liberté individuelle. Certains royaumes ont pu restaurer, bien que de façon symbolique, la monarchie. Ainsi le retour des monarchies comme c’est le cas par exemple en Belgique, Espagne, au Luxembourg et Angleterre est symptomatique de la récupération de ce courant de réparation évanescent.  L’idée de réparation connaîtra son âge d’or au lendemain de la guerre. Il faut panser les blessures et revenir à une vie normale.

[2] L’œuvre Germinal (1885) d’Emile Zola est une représentation pertinente de cette réalité.

[3] Ce contexte précaire va certainement présider à l’écriture par Léon XIII, de ce que la doctrine sociale de l’Eglise reconnait comme étant la première encyclique sociale ; Rerum

 Novarum (1891)

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