Fête du Sacré-Cœur 2020: Homélie du Père Domleu Francis, SCJ.

L’Eglise, notre Mère, nous donne de célébrer aujourd’hui, la solennité du Sacré-Cœur de Jésus. Mes frères, alors que nous célébrons cette solennité, vendredi 19 juin 2020, notre méditation va porter sur ce qu’est ce Cœur qui nous a aimé jusqu’au bout, ce Cœur plein de compassion. En effet, il nous est donné de contempler et de parler du Cœur de Jésus. Mais peut-on vraiment parler du cœur de Jésus ? Cette question donne à réfléchir quand nous savons que le cœur est cet organe assez complexe que les scientifiques eux-mêmes ne finissent pas de sonder et de maîtriser. La question est plus complexe quand le cœur lui-même devient le symbolisme par excellence de l’affectivité, des sensations et de l’intuition. On est même tenté de dire que la question devient intéressante quand on sait que « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » (Blaise Pascal). « C’est le cœur qui sent Dieu, écrit-il, et non la raison. Voilà ce que c’est la foi : Dieu sensible au cœur et non à la raison ». Il n’est pas anodin de remarquer que cette représentation du cœur, telle que formulée par Pascal, se diffuse en pleine période des Lumières. En outre, on l’aura remarqué d’ailleurs, dans le texte du Père Dehon (L’Année avec le Sacré-Cœur) un subtil passage entre le « cœur » minuscule, organe biologique et le « Cœur » majuscule, instance symbolique qui donne toute sa signification à la scène du crucifiement, à savoir la mort de Jésus comme don de soi, comme ultime geste d’amour. Selon Yves Ledure, le glissement sémantique de « cœur » à « Cœur » dégage une interprétation théologique précieuse du côté ouvert. L’important en la matière est moins l’organe biologique dont, du reste, ne parle pas le récit évangélique que la symbolique que génère le côté ouvert : un passage vers l’intériorité, autant dire vers le mystère. Cependant, il faut remarquer que dans l’histoire de la dévotion du Cœur du Christ, il y a eu parfois une surdétermination du cœur biologique. Comme dans certaines représentations qui nous viennent de Marguerite-Marie Alacoque où l’on voit un cœur hors de la poitrine, voire dans les mains mêmes de Jésus. Comme si l’organe cœur, séparé du corps, était une réalité autonome avec sa dynamique propre. Yves Ledure nous dit, dans son livre, la spiritualité du Cœur du Christ, qu’il est évident que cette représentation est une dérive par rapport au texte évangélique. Il y voit même une sorte de « mutilation » corporelle qui brouille la signification anthropologique de la scène puisqu’elle réduit la personne de Jésus à un organe corporel. Et on peut se demander si ce n’est pas cette réduction qui débouchera sur la dénomination « Sacré-Cœur » présente chez Marguerite-Marie et utilisée comme substitut, sinon de la personne, du moins de nom de Jésus

La suite en version word: Homélie de la solennité du Sacré Cœur de Jésus.

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